HISTORIQUE

Fondée en 1983 avec plus d'une vingtaine de pièces chorégraphiques à son actif, La Compagnie Taffanel invite à interroger sans cesse la "poétique des corps" engagés dans le mouvement.

La Démarche Artistique

Fondée en 1983, la Compagnie Taffanel, « Groupe Incliné », interroge à l’infini la « poétique des corps » en jeu dans le mouvement. La création, sa pensée, l’usage des outils pluriels de sa « fabrication » sont au cœur du dispositif de rencontre avec les publics. Dans un dialogue constant, il s’y questionne « le donner du jeu au jeu de l’autre ». Le regard de la chorégraphe travaille aux conditions propices à l’émergence du vivant dans un moment chorégraphique.

Le Partage Des Savoirs Vivants

Par le partage des savoirs vivants, par des temps de recherche « dévoilés » : ce qui « travaille » au corps l’équipe lors de la fabrication est exposé, expérimenté, manière de toucher ce qui fonde un acte artistique, et en retour, ce qui l’aiguise. La création est dans une dynamique interrogative.

Cette « mise en jeu dialogique » remanie le projet de la compagnie dans l’approfondissement en même temps que l’irrigation. De 2003 à 2007, la Compagnie est en résidence chorégraphique en Pyrénées-Orientales (par la convention quadripartite État, Département 66, Ville de Perpignan, Région Languedoc Roussillon).

Depuis 2007, la Cie est de nouveau dans l’Hérault, à Castelnau le Lez. Son atelier lui permet de poursuivre la recherche, l’expérimentation, et la transmission de ce qui fonde l’acte artistique.

Le Parcours

Jackie Taffanel a étudié auprès de Karin Waehner, Ingrid Metzig, Myriam Berns, Jacques Patarozzi.

En 1982, « Solo-un » et « Duo » sont présentés à Montpellier et Avignon avec Denis Taffanel, son « compagnon de route ».
En 1983, « Neuf Portes » est primée au concours de Bagnolet, invitée à l’American Dance festival, elle fonde le « Groupe Incliné ». Avec l’attribution d’un studio permanent à Montpellier (pendant 17 ans), le soutien de collectivités territoriales et du Ministère de la culture, une recherche est possible. Jackie Taffanel devient une personnalité de la jeune danse : la fluidité du style, tout est là, dans un questionnement incessant, avec l’humilité de l’affleurement, l’incartade de l’intensité…

Le Projet Artistique

Le projet artistique de la compagnie est déterminé par la recherche « qui se poursuit », se nourrir de

« ce qui grouille derrière le geste », tisser dans cet infini « dialogique » entre chorégraphe, interprètes, et arts associés. En 2004, voracité des images, mots  engloutis: « Idioms » et « Les Ghouls ».

En 2005, avec « un œil cinéaste » à l’affût de ce qui échappe à la peau « Elektro-Korpus ».

En 2007-2008, Naviguer sur l’énergie de cette fureur des « Collectionneurs ». C’est bien cet emportement qui emporte tout et qui crée des situations poétiques tendues au quotidien des choses. En 2009 « Délier les anges », dans une poétique patrimoniale et contemporaine à la fois…

La danse de Taffanel incite à ce commencement infini,

                                et en cela même elle est autant art de danser qu’art de vivre

Jean-Marc Adolphe, Mouvement

LES ENSEIGNEMENTS ARTISTIQUES

Un atelier en accueil de proche en proches

Implication dans la formation des danseurs, des enseignants, des amateurs

Depuis les origines de la compagnie, Jackie Taffanel met les outils de la création au cœur des formations avec l’Education nationale et l’Université. Elle réfléchit à la constitution d’un espace de recherche ludique, sensoriel ou chacun d’entre nous puisse être en expérience artistique.

Elle inscrit dans la transmission l’espace de jeu, la transpassibilité, l’expérience du Tact..., la culture chorégraphique en transdisciplinarité.

 

À Poitiers, à Montpellier elle co-anime des ateliers

« danse et philosophie » avec Michel Bernard. Elle l’invite en Octobre 2009 à l’Atelier JDT de Castelnau-le-Lez à s’exprimer sur les chiasmes, et la relation du mouvement et de l’énonciation.

 

Elle est invitée en 2005 et 2006 par le département de Philosophie de l’université de Barcelone, en 2009 l’université de Perpignan l’invite à "questions d’art".

Dans ses « conférences dansées », l’expérience sensible des outils de recherche sont mises à la portée de « tout un chacun » et « parlées » au plus près de la fabrication. L’Education Nationale, les universités étrangères (USA, Canada Uquam-Montréal, Corée, Espagne, Institut del teatro et université de Barcelone, Girona) et françaises (Poitiers, Grenoble Nice, CND, Paris VIII, Tours, Normal sup de Lyon, Clermond ferrand en 2013) l’invitent. En 2010 2011 elle participe à un séminaire autour des écrits de Michel Bernard.

 

De 2002 à 2013 elle encadre les stages Art pour le Rectorat de Montpellier et inaugure en 2005 le Pôle national Ressource du Sud de la France. De 2006 à 2009 elle est invitée à Istres, Avignon, Reims, Brive, Poitiers, Martigues...Lyon. En Février 2011 le Rectorat de Montpellier l’invite pour des formateurs à partir de : “Délier”crée dans le Patrimoine du XII°. Elle est sollicitée pour les stages Nationaux de “Danse à l’Ecole” (Reims; Marly etc...)

La Région Languedoc Roussillon l’associe à Lycéens-Tour en 2010, 2011, 2012 et 2013, avec les lycées de L’Hérault, de Lozère et des P.O (Art danse et option-théâtre) ... Elle ouvre largement les portes des répétitions aux jeunes et rencontre les publics, les enseignants, les parents d’élèves lors des «Bals des audacieux» moments trans-générationnels, où l’art contemporain s’invite en rupture de moments festifs. Elle est partenaire des Enseignements Art-danse du lycée Lurçat de Perpignan depuis 9 ans, et y sera en résidence financée par la Drac et la Région en 2014.

 

Durant l’année 2016/2017, La Compagnie Taffanel continue de prendre en charge la gestion,

la coordination artistique et logistique des enseignements facultatifs et spécifiques danse » au Lycée Jean Lurçat de Perpignan, en collaboration avec le centre chorégraphique national de Montpellier et la DRAC Languedoc-Roussillon.

Pour aboutir à l’ensemble de ces objectifs, la cie interviendra avec ses propres danseurs, et fera appel à plusieurs intervenants dont : Martha Moore, Clarisse Chanel, Isabelle Missal, Nathalie Mauries, Dominique Genevois.

A PROPOS DU TRAVAIL DE JACKIE TAFFANEL

Extrait de «Généalogie du jugement artistique» de Michel Bernard paru en 2012

Dans une mouvance semblable, c’est à dire animée par la même pulsion et passion d’expérimentation poétique et scénique d’une musique « live », mais avec un projet encore plus singulier et ambitieux, je crois nécessaire ici de mentionner et souligner l’œuvre originale et, à mes yeux, insufisamment reconnue en France de la chorégraphe et danseuse Jackie Taffanel. Plus particulièrement au cours des deux dernières décennies, cette artiste, en effet, a voulu, contre vents et marées, et refusant la séduction facile et lucrative des modes ambiantes ou l’imitation sécurisante des modèles hérités des grands ancêtres, ouvrir et explorer un champ nouveau de la corporéité dansante.

 

Ainsi s’intéresse-t-elle non seulement à l’interférence et aux échanges de la musique instrumentale avec les caisses de résonance et la surface épidermique des corps mouvants des danseurs comme dans Tambours voilés, mais, plus profondément et subtilement, d’une part, à ce qui se joue dans l’espace sensoriel entre ces corps, au réseau intercorporel qu’ils tissent entre eux et qui, selon sa terminologie, crée « un trouble » consécutif à « une marge » comme écart singulier ou modulation subjective produite dans l’interprétation de chacun du mouvement dansé; d’autre part, un « trouble » plus radical encore et même originaire provoqué par le dire, l’acte d’énonciation vocale et linguistique associé à ce mouvement.

En somme, le souci dominant de cette artiste hors normes est : « Comment faire que l’écriture chorégraphique ne devienne pas un objet, un produit fini, mais possède un potentiel de remaniement à l’infini ».

Il faut absolument, dit-elle, faire exister dans l’écriture un champ d’expériences liées aux événements  mis en place entre les sujets, le champ des interrévélations.

Par une infime modulation des qualités, l’ensemble peut sans arrêt bouger, se réactualiser. L’aspect contemporain de la danse n’est pas simplement lié à l’époque, mais c’est parce que dans le système même de l’écriture il y a un potentiel d’actualisation, voire de réactivation à l’infini de l’apparition et de la disparition de la trace, liée à la réalité des personnes présentes.» Bref, il s’agit, pour elle, de faire surgir « le goût de l’instant, la saveur de l’instant » plutôt que d’écrire et imposer « un agencement de pas ».

 

Jackie Taffanel réussit ainsi, selon moi, à restituer la spécificité ou, si l’on préfère, la qualité distinctive radicale de l’acte de danser que j’ai cru devoir designer par le néologisme quelque peu inélégant d’ « orchésalité ».

Danse et philosophie : Pendant 12 ans à l’invitation de Michel Bernard, elle est associée à la recherche menée à l’Université de Paris VIII. En 1994, Jackie Taffanel y soutient une thèse en Esthétique et Philosophie, « l'atelier du chorégraphe » : le Regard, où elle approche "l'instance" ou aire de jeu perpétuée par le regard. Les "grandes oscillations paradoxales" du processus d'écriture chorégraphique, tissés dans l’expérience sensorielle, et les résonances haptiques qui actualisent l'interprétation constituent l’essentiel de sa recherche. Elle crée par plans-séquences chorégraphiques à partir de l’expérience tactile et la complexité sensible de la perception en jeu entre les interprètes. (A consulter les archives du CND « fais moi signe 93 » à Autres pas Montréal, lien : http://mediatheque.cnd.fr/spip.php?page=ipmc.)

Vidéo : David Henry

L'atelier du tact consiste en un dispositif de pratique(s) se présentant comme un voyage perceptif. L'atelier est un espace-temps de création et de jeu. Un corpus de règles place les danseurs en situations d'improvisateurs, et chaque improvisation peut devenir un outil de création. Il n'y a donc pas de séparation entre situation de création et situation d'interprétation, écrire se fait en effet dans le même mouvement qu'interpréter. Dans ce cadre, l'interprétation est envisagée comme un état de corps et de pensée indispensable à la création, mais aussi à l'élaboration progressive d'une mémoire. Le processus consiste à travailler sur plusieurs plans en même temps. Les ateliers sont conçus comme « une grande éponge, une méduse, un mille-feuille » dont les différents fils se croisent : l'espace de jeu, l'interprétation, l'appui permanent sur la perception, l'expérience sensorielle, mais aussi différents types de mémoires. Il s'agit d'abord de travailler la mémoire immédiate. Celle-ci permet d'entretenir des interrelations nuancées avec ses partenaires, puisque la perception de ce qui arrive à chacun s'effectue dans une relation avec l'autre. C'est de cette manière que se matérialise le grand réseau sensible du groupe, défini - pour la création chorégraphique comme pour l'interprétation - comme un contexte propice à l'apparition de l'artistique, du moment sensible et de la mise en réseau avec les partenaires. Le pari de l'atelier consiste en une implication de la tactilité comme mode de perception et de ressenti du monde et de soi-même. Pour cela, des supports sont utilisés: des grosses briques bleu ciel en mousse, calculées selon les dimensions d'ouvertures entre le doigt médium et le pouce, qui permettent de ressentir. la tactilité comme un espace variable (compresser, presser, alléger). Elles constituent un médiateur très léger qui permet de ressentir et de « laisser passer » différentes pressions, en donnant à celui qui les exerce ou les perçoit la possibilité de faire des hypothèses sur les surfaces, les géographies, les territoires de la peau. A partir de là, s'effectue un travail sur les fascias (membrane entourant les muscles) qui permet de ressentir et de bouger en trois dimensions, ce qui permet à chacun d'accéder a sa propre échelle

tridimensionnelle. En effet, sentir les glissements de la peau sur les fascias amène à bouger en trois dimensions: peau, fascias et chaines musculaires sont alors pleinement investis. En outre, ressentir la connexion d'un toucher de l'épaule jusque dans le talon va infléchir la perception du poser, par exemple. La manière dont l'objet médiateur est tenu va activer différentes possibilités de pronation ou de supination qui, à leur tour, vont induire une tridimensionnalité dans les prises de direction. Cela permet aussi de sentir une sorte de mémoire de la trace, de l'expérience vécue, une résonance haptique de l'expérience, le médiateur (ici les grosses briques) jouant alors un rôle de haut-parleur sur l'action touché/être touché. C'est une manière de dépasser le cadre de la simple relation manipulatoire, de traverser l'expérience phénoménologique du touchant-touché en activant simultanément deux capacités : percevoir et jouer. Dans l'atelier, l'attention des participants (considérés comme des danseurs, peu importe leurs compétences en danse) est attirée sur le fait qu'un interprète sensible, potentiellement créateur de son geste et de son expérience, est impliqué a des degrés distincts de conscience. Nous faisons ainsi l'expérience d'un croisement entre fiction, altérité et perception sensorielle. Différents degrés de mémoires sont engagés : la mémoire à court terme, car ils doivent se souvenir de trois moments de danse et les scénariser. La mémoire chronologique, qui leur permet de s'essayer à l'écriture chorégraphique en revenant sur leur expérience stabilisée, sans la figer, une succession d'événements sensitifs. La mémoire autobiographique, également mobilisée, consiste à restituer une culture en l'altérant par le présent de l'expérience. En effet, quand le moment du spectaculaire existe, il y a souvent la perte de ce qui a fondé le vivant. On touche ici à la question du vivant malgré l'écriture. A ce titre, l'enjeu premier de cet atelier est bien de travailler les conditions d'apparition et de disparition du sensible. Pour permettre au participant de trouver des propositions qui leur permettront de stabiliser une relation, un axe, à leur improvisation, il est important d'être déconcertant dans ses propositions,

de ne pas trop les laisser s'installer dans une prise de conscience, dans le contrôle de ce qu'ils font. Dans ces conditions, il faut leurs permettre d'accepter de « lâcher prise avec le but du voyage ». Pouvoir accueillir une pensée poétique, une circulation libre, des quiproquos, des coqs-à-l'âne. Ces pistes font suite à un constat. Selon moi, la logique a souvent une trop grande emprise sur le cerveau des danseurs. Ainsi, est-il question d'engager un rapport avec le vide, le déséquilibre, la prise de risque, mais aussi avec la confiance. La dimension de jeu est donc très importante, parce qu'elle instaure une qualité de surgissement et la possibilité d'un vivant renouvelé. Il n'y a pas de précipitation : les avancées sont progressives, toujours remaniées sans cependant rester floues. La structure de l'improvisation, bien qu'importante, reste sous-jacente. Il faut rester vigilant à ce sujet, car cette structure ne doit pas empêcher le vivant de s'actualiser - ou de se réactualiser. La poétique qui ressort de ce travail mené en atelier tient au fait que les danseurs sont totalement partie prenante du processus de création. Il y a nécessairement un temps d'imprégnation pour les participants, lequel ne peut être balisé par un cadre trop restreint, comme c'est le cas souvent dans un contexte de l'école. Ainsi, on mesure bien la différence entre des élèves qui ont traversé un voyage de trois ou quatre heures et ceux qui n'ont bénéficié que d'une heure d'atelier. Il est nécessaire de disposer d'un temps conséquent, afin d'expérimenter des différences sensorielles très ténues, très infimes. Malheureusement, tout cela est antinomique avec la notion de programme scolaire, du moins tel qu'il est pensé aujourd'hui. Pour pouvoir mener de telles expériences à l'école, il faudrait reconsidérer le programme comme un véritable champs d'expérience. Cela renvoie par ailleurs à la place du chorégraphe, du guide, de l'enseignant : comment celui qui regarde va-t-il pouvoir relancer l'espace de jeu sans formuler des attentes trop précises ? Quelle est la part du vide ? De l'espace qui ne dit pas ? Quelle est la place de ce qui est attendu ? C'est le grand problème des enseignants, qui font souvent passer les élèves par les mêmes portes.

J'observe que le geste ou le mouvement n'est pas vraiment intéressant lorsqu'il est trop connoté ou référencé, c'est pour cela que le temps institutionnel a tendance à tout fausser (prenons, par exemple, l'injonction d'une création par an pour un chorégraphe) et favorise la répétition du même, ce qui est très mortifère. Dans un cadre institutionnel, on dispose de beaucoup de moyens, mais cela favorise aussi beaucoup de redites. L'atelier du tact a pour objectif de créer une résonance haptique chez l'interprète, lorsque celui-ci évolue dans un espace de jeu où il peut rendre l'espace tangible, et où l'espace se met à vibrer. Un concept ne se représente pas, il est un champ, sinon il se dévitalise. Il s'agit d'incarner, de donner corps à l'espace et au temps. Cette expérience m'amène à remettre également en question l'organisation des enseignements en danse, surtout lorsque ceux-ci sont évalués en situation d'examen. Les modalités d'évaluation des jurys de danse restreignent les processus et la vitalité de l'expérience sensible. Selon moi et de manière générale, les programmes d'aujourd'hui, en danse, sont beaucoup trop pléthoriques, particulièrement dans le secondaire, et gagneraient à être plus modestes et à se retrouver plus souvent associés à la pratique. Il serait préférable de choisir trois pôles au maximum et d'en faire une approche heuristique,  où les élèves seraient réellement associés à l'expérience. Comment faire en sorte de privilégié la vitalité de l'expérience, qui ferait apparaître des corps en état de transformations au pluriel, et serait donc également constitutive d'une mémoire collective ? Il y aurait, pour atteindre cet objectif, intérêt et nécessité à créer de nouvelles approches dans le système éducatif, plus culturelles et plus sensibles, pour permettre d'activer en profondeur des états de création.

L'atelier du tact de Jackie Taffanel,

Entretien téléphonique avec Jackie Taffanel, propos synthétisés par Alice Gervais-Ragu

Mouvement de l’oeil - Danse en Résidence

Un large aperçu du travail chorégraphique de Jackie Taffanel, à travers des images de spectacles, de stages pour professionnels, d'ateliers d'éducation artistique avec des élèves.

« Nous citons souvent la thèse de Jackie Taffanel,

" l'atelier du chorégraphe ", il est évident que le temoin (ou l'acteur) des prémices de l'oeuvre est la seule personne susceptible de rassembler à la fois la perception des événements et le mode esthétique de leur surgissement » (p.254)

Enfin Laurence Louppe devant la fréquence de son propre usage du travail de Jackie Taffanel dont on mesure bien à quels points il nourrit sa pensée, tandis qu'elle s'attache à cerner le processus créatif, remarque pour finir :

« La spécificité du travail du chorégraphe lui-même sera de projeter cette " cristallisation " non de l'objectiver mais de la transsubjectiver. S'engagera alors ce lent travail du groupe, admirablement décrit par Jackie Taffanel, où, par réaction, au sens chimique du mot, de corps en corps, de conscience en conscience, des questions et des réponses seront renvoyées en autant de miroitements furtifs que le chorégraphe captera pour en distiller l'essence des actes. » (p.250)

On pourrait citer d'autres passages (p.224; p.246; p.254; p.259), où Laurence Louppe la cite entre autres, l'un des plus importants sur la genèse de l'oeuvre et le travail dans l'atelier :

« L'important dans la composition est de faire exister une matière inexistante, de trouver les voies vers l'inconnu de l'incréé. Dans une étude admirable, qui se propose justement de cerner les circonstances fragiles d'un avènement poétique de l'incréé, " l'atelier du chorégraphe ", Jackie Taffanel signale la complexité non seulement cognitive, mais perceptible des étapes du processus de composition:

"le regard du chorégraphe s'exerce selon une multitude de modalités qui se superposent et se relaient en fonction du moment du processus de création dans une impression de multiplicité" » (p.213)

Dans son livre "Poétique de la Danse Contemporaine", Laurence Louppe cite à plusieurs reprises

Jackie Taffanel, notamment dans des chapitres essentiels de son ouvrage, ceux qui traitent de la composition, du processus créatif et de la naissance d'une oeuvre, du travail dans l'atelier

1998, 57 min, documentaire

Chorégraphie : Jackie Taffanel

Réalisation : Luc Riolon

Production : Canal 8 Le Mans, 24 images-Vidéogram

Ecoliers, collégiens et amateurs ont participé à la création du spectacle La Peau de l'air : une rencontre ou un approfondissement de la danse, dont témoignent les ateliers d'expérience sensorielle animés par Isabelle Richez et les répétitions de la création. Former les publics de demain à travers des actions de sensibilisation : cette dynamique essentielle de la danse contemporaine est prise en charge par des chorégraphes ou des danseurs, sans passer nécessairement par des institutions telles que les centres chorégraphiques nationaux, mais par des accords entre des lieux, des pouvoirs publics et des artistes désireux de transmettre leur art, leur savoir, leur sensibilité.

Au fil de ce projet, la révélation du malaise identitaire des participants est ce qui a le plus marqué Jackie Taffanel.

« On réalise leur souffrance, leur difficulté à décliner leur identité. Je pense qu'on a à renouer des liens ensemble, et la danse est alors ce lieu de l'expression de soi. »

Regards Croisés

Ce film de Luc Riolon retrace le projet de la chorégraphe Jackie Taffanel au centre culturel L'Espal du Mans, dans le cadre d'un contrat mission danse.

Passeur de danse invite Jackie Taffanel le 28 octobre 2017 au CDC de Toulouse à propos de "Présence et interprétations"

« la dimension tactile et sensorielle présente dans ma recherche (Banquet Tactile, ou Délier... "Celles-là" en 2017-2018, pour les pièces les plus récentes) est le fruit de toutes ces années de création...puisque plus que tout, c'est la circulation du vivant sur le plateau entre les interprètes qui me paraît créer une actualisation à l'infini de l'écriture chorégraphique. Dans ma thèse soutenue avec Michel Bernard en 1994, je développe cette idée des états paradoxaux de l'interprète qui demande d'être au danseur d'être associé étroitement au processus d'écriture à partir de différentes triangulaires dynamisantes mettant en jeu la mémoire sensitive immédiate, à court terme par des scénarios et à long terme en restant en état de jeu et de remaniement permanent (sorte de toucher du présent).

Conscience corporelle et geste chorégraphique...sachant que l'une la plus affinée et complexe possible (présence), et ce travail est l'infini..., sera la toile de fond de l'apparition de l'autre (interprétation)...

Quant à la pédagogie...une approche sensible sensitive, tactile dans ses résonances poétiques chez le sujet dansant me paraît indissociable d'une approche heuristique de l'Art Chorégraphique... »

Jackie taffanel

EQUIPE

Chorégraphe, fondatrice et directrice de la compagnie

Jackie Taffanel

Elle étudie la chorégraphie auprès de Karin Waehner, Ingrid Metzig, Myriam Berns, Jacques Patarozzi, artistes qui interrogent la singularité du geste. Elle soutient une thèse en esthétique et philosophie, en approchant le regard à l’oeuvre dans le processus de création. Depuis 1983, la compagnie crée des oeuvres présentées en France et à l’étranger, en Allemagne par exemple où la fondation Ludwig lui décerne le prix de l’innovation artistique en 1995.

Artiste chorégraphique, co-fondateur et interprète

Denis Taffanel

Il poursuit depuis quelques années au travers des solis tissant voix et mouvement une recherche très singulière…

Pour lui : " le mouvement et la voix se provoquent mutuellement. Ce qui nous dépasse apparaît alors fortuitement. Cela constitue une mémoire, une culture et enrichit la distance qui nous sépare de nous-mêmes "

Administration

Sabrina Lenglet

© 2018 Compagnie Taffanel